Buste de Dugua au sommet de son monument à Annapolis Royal (N.É.)

Lieutenant général de la Nouvelle-France et vice-amiral (1603-1612)

C’est dans ce but que, sans tarder ni tergiverser, Dugua de Mons s’empresse, dès l’automne 1603, de proposer à Henri IV, une série restée célèbre de Sept Articles pour la découverte et l’habitation des côtes et terres de l’Acadie, déjà identifiées par le Florentin Verazanno, au siècle précédent, et où se trouvent de nos jours les provinces de l’Est du Canada. Cet important document aura été la semence d’où germera le peuplement de l’Amérique du Nord par les Français ; Dugua en aura eu le mérite sans en avoir reçu toute la gloire. Pour l’essentiel, cette proposition formelle de Pierre Dugua au roi consistait à se faire conférer, exceptionnellement et pour une période limitée à dix ans, pratiquement tous les pouvoirs royaux (politiques, judiciaires et administratifs) nécessaires à la fondation d’une colonie outre-mer ; à charge pour le titulaire, Dugua de Mons, de payer tous les coûts afférents à l’ambitieuse et audacieuse entreprise. C’était là un défi de taille, pour l’époque. Le territoire concédé par le roi au sieur de Mons allait du 40e degré au 46e degré de latitude en Amérique du Nord, soit une vaste étendue allant du nord du golfe Saint Laurent jusqu’au site de l’actuelle Philadelphie.

En somme, il s’agissait d’une entreprise privée sans un sou Henri IV, roi de France et de Navarre, protecteur des entreprises de Pierre Dugua de Monsversé de la part de l’État qui se limitait à accorder l’autorité de coloniser au nom du roi. C’est ainsi que Henri IV, écartant l’avis de Sully et partageant la grandiose vision de Pierre Dugua de Mons, accepta sa proposition le 8 novembre 1603 et le désigna comme « Lieutenant général » pour le représenter d’abord en Acadie et ensuite à Québec. À propos du projet spécifique de Pierre Dugua, Sully déclarait que la navigation du sieur de Mons pour aller faire des peuplades au Canada (était) du tout contraire à (son) avis, d’autant que, disait-il, l’on ne tire jamais de grandes richesses de lieux en dessous du quarantième degré. Il n’aurait, certes, pas affirmé la même chose aujourd’hui d’un pays membre du Groupe des Huit pays les plus industrialisés.
À toutes fins pratiques, cette nomination faisait de Pierre Dugua l’équivalent de vice-roi pour une grande partie de l’Amérique du Nord, même si ce titre ne lui était pas conféré officiellement (il le sera en 1612, au deuxième successeur de Dugua, le prince de Condé). En plus, pour ajouter à l’autorité de Dugua en mer, il sera nommé vice-amiral par l’amiral Charles de Montmorency. Les Parlements de Bordeaux, Rennes et Paris mettront plus d’un an à enregistrer les lettres patentes accordée par Henri IV à Dugua de Mons, tellement la résistance avait été forte.

À noter que Pierre Dugua aura aussi mission de convertir les Amérindiens à la foi catholique, ce qu’il accepta de bon gré, même si lui-même était protestant. Il faudra attendre le 24 juin 1610 pour qu’un premier autochtone, le chef Membertou, désormais prénommé Henri (pour Henri IV) soit baptisé avec sa famille à Port-Royal. Sur les origines religieuses de la Nouvelle-France, voir l’exposition qui se trouve dans l’église de Brouage. Son auteur, Mme Pauline Arsenault, Acadienne, y souligne l’esprit œcuménique qui animait Pierre Dugua de Mons et son lieutenant à Québec, Samuel de Champlain.